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| Chronique de l’expert eBay, l’une des plus belles réussites de l’Internet, avait racheté Skype, la star montante des télécoms, en septembre 2005 pour 2 à 3 milliards de dollars. Mais aujourd’hui, Skype ferme ses bureaux en Europe, les uns après les autres et centralise tous ses services européens à Londres. Depuis quelques semaines, les bureaux en Allemagne, Espagne, Italie, Scandinavie, Pologne et le dernier en date, le 30 mai, celui de Paris sont fermés. Que s’est-il passé? Skype cherche à intéresser un maximum d’utilisateurs à ses services en opérant à grands coups de promotions. Souvenez-vous, à l’automne 2006, l’entreprise avait offert la possibilité de communiquer gratuitement vers un téléphone fixe partout en Amérique du Nord. Le but était de faire découvrir ce service à de nouveaux utilisateurs pour qu’ils s’abonnent à la fin de la période gratuite. Malheureusement la qualité des communications n’était pas au rendez-vous et cette démarche commerciale n’a pas été un grand succès. Un autre exemple, le 13 mai dernier, le jour de la fête des Mères, Skype avait annoncé que les appels téléphoniques via son service seront gratuits pour tous les propriétaires d’ordinateurs personnels équipés d’un processeur Intel. En fait, c’est son modèle économique qui est en cause. Il consiste à aller chercher un maximum d’utilisateurs auxquels on propose un service de base gratuit puis une fois qu’ils y ont pris goût, on leur vend des services complémentaires. Aujourd’hui Skype compte plus de 170 millions d’utilisateurs mais trop peu d’entres-eux sont ‘payants’ pour maintenir la rentabilité de l’entreprise. A la décharge de l’entreprise, la concurrence est également devenue beaucoup plus sérieuse. La téléphonie IP proposée par les fournisseurs d’accès Internet a pris son envol depuis 2 ans à travers le monde. Ces derniers qui proposent des ‘packages’ tout compris à meilleure qualité, laissent bien peu de prises à Skype. Étant moi-même utilisateur de Skype depuis plusieurs années et je trouve que la qualité des communications est parfois médiocre notamment lors des communications avec l’Europe. Concernant l’Europe justement, la mentalité est peut être aussi un facteur qui joue en sa défaveur. Souvenez-vous, lorsque Disney est venu s’installer à Paris, son parc d’attraction était au bord du gouffre après 2 années d’exploitation car les européens après avoir payé pour l’accès, ne déboursent plus pour consommer dans le parc contrairement aux américains. Cette différence de mentalité va à l’encontre du modèle d’affaires utilisé par Skype. Attention, Skype n’est pas mort et garde des atouts pour le futur, mais semble néanmoins connaître une période difficile. Niklas Zennstrom and Janus Friis, les fondateurs du logiciel de téléphonie IP Skype, avaient déjà été à l’origine de la création du logiciel de partage de fichiers Kazaa qui après de nombreux déboires s’est fait beaucoup plus discret. Ils sont actuellement en train de lancer leur dernier projet Joost, une télévision IP qui doit offrir des émissions de télévision et des films en ligne (en version beta pour le moment). Même si ce projet n’a pas épousé le même modèle d’affaires puisqu’il serait financé par la publicité, je suis curieux de voir comment eBay qui a également investi dans ce projet, va maintenant réagir après son expérience Skype. La stratégie de créer un site web ou une technologie que l’on distribue gratuitement pour attirer beaucoup d’utilisateurs peut être très payante à court terme pour le créateur. Mais celui-ci devra choisir le bon moment pour vendre en valorisant sa fréquentation. Par contre, pour l’acheteur, le défi ne sera pas mince pour convertir les utilisateurs et rentabiliser son acquisition. Plus près de chez nous, les Têtes à Claques feraient bien de ne pas trop attendre et d’en profiter tant qu’ils ont encore le vent en poupe. François Dahlem |
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